
Décembre 2025 : Haïti reste confrontée à une situation gravissime. La capitale, Port-au-Prince, est toujours sous la mainmise des gangs et tout déplacement vers l’intérieur du pays est formellement déconseillé.
Un peu d’histoire ! L’orphelinat « Enfant Haïtien Mon Frère » puis l’école ont été créés par l’abbé Lespinasse il y a plus de 40 ans. À la mort de de son fondateur, lors du tremblement de terre de 2010, la relève a été prise par Manmita, décédée il y a 2 ans. C’est sa fille Rose-Marine Lafontant, avocate, qui résidait au Canada, qui a repris, en qualité de directrice, la gestion de l’école avec l’aide de sa sœur Rolande. La petite école, devenue impraticable, fut abandonnée. Grâce à l’appui de plusieurs ONG, un bel ensemble de maisonnettes fut érigé à Bedet, petite localité à 30 km de Port-au-Prince.
Rose-Marine Lafontant nous écrit fin 2025
« Nous prenons plaisir de vous donner de nos nouvelles et de celles du pays. Aujourd’hui nous pouvons dire que les enfants sont en sécurité. En fait c’est le statu quo au niveau de la violence des gangs armés. Vous avez peut-être vu à la télé des images de guerre, des quartiers vidés de leurs habitants, des rues très sales, des carcasses de voitures calcinées, des maisons brûlées, enfin tout ce qu’on trouve dans un pays en guerre.

Poussés par les gangs, nous avons quitté l’avenue Christophe en courant pour louer une maison à Delmas, un quartier à 30 mn de la capitale, qui était un quartier tranquille. Mais la maison était trop petite, car tout le monde court et les loyers deviennent rares et dispendieux. Après quatre mois, nous avons dû encore déplacer les enfants pour avoir plus de stabilité. Notre choix s’est fixé sur le Nord-Est qui n’est pas touché par les gangs. C’est ainsi que le 23 juin, nous avons déménagé à Ouanaminthe, une ville du Nord.
Là, les enfants pourront aller à l’école en toute sécurité. Ils seront plus calmes car les nouvelles à la radio les rendaient anxieux, excités et aussi ils avaient très peur que les gangs ne viennent les attaquer.
Arrivé à Ouanaminthe, Daniel, un enfant de 3 ans a dit à son réveil : « Pourquoi ils n’ont pas commencé à tirer ? »
Nous avions dû louer une maison, acheter mobilier et literie, car ils ne pouvaient pas porter grand-chose lors du déménagement. Mes sœurs Denise et Rolande étaient là pour organiser leur déplacement de Port-au-Prince, avec un budget qui n’était pas prévu. Mais nous ne pouvons en aucun cas négliger la sécurité des enfants qui nous sont confiés. Sur la route, les bandits ont installé des postes de péage et ils ont questionné les enfants sur leur provenance, le nom de l’orphelinat, etc. Il faut dire que tout déplacement en bus d’un point à l’autre comporte de grands risques et beaucoup de stress. De plus, à Ouanaminthe, la supervision de la maison serait facilitée par la présence de Rolande déjà sur place.
Nous avons réussi à relocaliser tout notre monde (22 enfants) dans deux écoles privées. Pour l’année académique 2024-25, nous avons eu deux lauréates des examens du Ministère de l’éducation Nationale. Ce sont Nephtalie, 17 ans, et Denise, 19 ans. Elles vont toutes les deux aller en 1e secondaire. La rentrée nous a coûté US$ 6.000 (€ 5.120).

A Ouanaminthe, nous avons dû embaucher du personnel, faire la formation pour tous ces nouveaux employés, recadrer et supporter psychologiquement les enfants vraiment perturbés.
Quatre de nos enfants ont vu un psychiatre et sont suivis par un psychologue, ce qui augmente considérablement notre budget.
Toute la famille s’est impliquée d’une façon ou d’une autre. Nous avons aussi engagé un professeur pour le renforcement des acquis académiques. Les enfants commencent à retrouver leur sérénité et à avoir une vie normale. Après quatre mois, nous pouvons dire que c’était la meilleure décision vu les circonstances.
Nous n’avons pas de nouvelles de la maison à l’avenue Christophe, personne ne peut aller voir, et à Bedet, le site est habité, nous dit-on. Nous attendons que l’ordre revienne pour faire valoir nos droits.
Les mots me manquent pour vous manifester notre reconnaissance devant votre soutien indéfectible et l’apport d’Enfants du Monde à la Maison Haïtien Mon Frère. Nous sommes vraiment touchés par tant de bonne volonté et de compassion envers nous, vos amis d’Haïti. De plus profond du cœur, nous vous disons merci ainsi qu’à Enfants du Monde et tous ses donateurs. Votre générosité nous donne l’espoir d’un monde meilleur à venir.
Rose-Marine Lafontant
Directrice
Représentante locale :
Rose-Marine Lafontant


